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dimanche 11 novembre 2007

De l'emmerdeur en politique



Le saviez-vous ? l’emmerdeur constitue un danger pour la démocratie. Dis comme ça, cela semble une plaisanterie alors que c’est très sérieux. Permettez-moi d’en tenter la démonstration.

Où le trouver ?
Notre emmerdeur (E ) redouté sévit de préférence en soirée, lors des réunions d’associations, de partis politiques, de comités de quartier et (chic !) à chaque occasion que propose la démocratie participative. La vie professionnelle avec sa hiérarchie lui donne moins l’occasion de s’exprimer et souvent, il ne peut donner toute sa mesure qu’au moment où il prend sa retraite. On le trouve suivant un pourcentage constant dans chaque époque, chaque société où il représente – admettons - 1 %. Dans un parti politique, le taux monte assez facilement à 5 % alors que dans un comité de quartier ou une réunion de concertation, on observe parfois des pointes à 15 ou 20 %.

Comment le reconnaître ?
- E est venu pour parler, pas pour écouter, les réponses à ses questions l’indiffèrent à peu près ;
- E a un sujet en tête qu’il est décidé à exposer. Que ce sujet soit sans rapport avec le thème de la réunion ne peut pas le dissuader d’en parler ;
- Le sujet favori de E concerne en général un thème universel comme le trottoir où habite E.
- E est indifférent aux arguments invoquant l’intérêt général, concept qui lui échappe à peu près complètement ;
- Dans des cas extrêmes mais finalement assez fréquents, E est très agressif, il cherche un angle pour critiquer ses interlocuteurs et y emploie toute son intelligence (E n’est pas forcément un imbécile) ;
- Si à un moment, vous avez le sentiment que tout ce que vous pourrez dire est inutile, si vous sentez très découragé, que vous doutez de la démocratie et de « l’intelligence collective », c’est très probablement que vous êtes en train de débattre avec E.

Un peu de psychologie
E n’est sans doute pas quelqu’un de très heureux dans la vie. Sa famille ou ses amis, s’il en a, ne le supportent plus et se réjouissent qu’il exerce son goût de la polémique hors de leur cercle. Parfois, on soupçonne que les seuls rapports humains de E sont ceux qu’il a à l’occasion
du conseil de quartier ou de la réunion de section du PS (mais chez les Verts, au modem et à l’UMP, il est aussi présent). Si E est du genre agressif-hargneux-aboyeur, c’est que c’est le seul contact un peu intense qu’il sait établir.
E est sans aucun doute à plaindre. Il aurait besoin d’un peu de notre compassion (mais il ne l’aura pas).

Un danger pour la démocratie
La plupart des réunions politiques ou participatives reposent sur l’idée de laisser librement les citoyens s’exprimer. E vient en force à chacune de ces occasions et montre ses capacités à chacun. En prenant la parole, il peut transformer une ambiance conviviale en foire d’empoigne. Les gens normalement constitués, de bonne volonté, sont rarement assez motivés pour endurer ce genre de personnage. Il faut être un professionnel de la politique ou de la médiation pour cela. Du coup la proportion déjà élevée – nous avons admis 5 % - va augmenter du fait du retrait d’une partie des autres. Dans certain cas, E se retrouve même tout seul, comme un virus qui a détruit l’organisme dans lequel il s’était implanté. Il ne lui reste plus qu’à aller chercher une autre proie.
À l’heure ou la démocratie représentative s’essouffle, nous sommes nombreux à compter sur la participation citoyenne pour revivifier la vie politique. E est plus qu’un grain de sable dans le dispositif, il peut le faire capoter.

Ce qu’il faut éviter
L’une des solutions pour contrer E est de cesser de faire de la démocratie participative. La tentation est grande pour les élus. Mais le plus simple est d’ailleurs de continuer à en faire mais sans rien en attendre, comme un mal nécessaire : laissons-les discuter et décidons entre nous comme d’habitude. C’est la mauvaise solution par excellence. Elle renforce justement la position de E qui considère qu’il y a un complot contre lui et qui arrive même à être convaincant si on lui en donne le prétexte.
Un cercle vicieux entraîne les citoyens, menés par E, à nourrir toujours plus de ressentiment contre les politiques ou les technocrates. La méfiance des uns alimente le mépris des autres. Le dialogue devient à peu près impossible. E a réussi à contaminer tout le monde.

Un espoir de solution ?
La démocratie participative, en Allemagne par exemple, peut utiliser le procédé du jury tiré au sort pour débattre ou décider d’une question locale. Les membres du jury sont peu nombreux, défrayés s’ils travaillent, formés aux problèmes qu’ils doivent traiter. E est bien sûr présent dans le système mais ramené à 1 % au lieu d’être surreprésenté. Il est pratiquement inoffensif.

Et pour les partis politiques ?
Une autre façon de renforcer la démocratie est d’arriver à convaincre de plus nombreux citoyens de participer à la vie partisane. Pas de vraie démocratie sans partis politiques influents, avec des adhérents nombreux et une réelle démocratie interne. La plupart des pays d’Europe sont d’ailleurs dans ce cas. La France est une exception. Le PS belge par exemple compte autant d’adhérents en Wallonie que l’ensemble du PS français.
Or si E reste actif dans les partis, cela pose aussi un problème pour l’attractivité de la vie politique et donc pour la démocratie.
Sur cet aspect malheureusement, je suis à cours d’idées. J’attends des suggestions.


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jeudi 25 octobre 2007

Faire une liste aux municipales (fin)



Notre soirée de désignation et ordonnancement des candidats socialistes de l’arrondissement a eu lieu hier et le suffrage des militants a produit son verdict. Voici, à chaud, quelques commentaires sur une petite expérience de démocratie interne.

Les gagnants et les aspects positifs
Les militants désignés sont dans l’ordre :
Pour les femmes, Geneviève Brichet, Claudette Bedet, Mané Thiam, Isabelle Marret ; pour les hommes, Vincent Michelin, Laurent Jauffret, Walter Graci, Henri Creston, Jean-Marc Burdin.
L’initiative a rencontré un succès certain puisque malgré des conditions assez (trop ?) restrictives de participation au vote (être adhérent et électeur à Lyon depuis mars 2007 et à jour de cotisation), soixante personnes se sont déplacées mais 10 n’ont pas pu voter ! Cela correspond à la version optimiste de nos prévisions. La section compte 90 adhérents qui remplissent les conditions mentionnées.
Nous attendons la suite désormais et nous nous interrogeons : comment ce vote va-t-il être reçu par les militants et les élus des autres arrondissements de Lyon ?
Heidi Giovacchini, future tête de liste de l’arrondissement, a donné un élément de réponse en passant une bonne partie de la soirée au local. Elle a dit son intérêt pour la démarche et son souhait que le résultat de ce vote consultatif soit pris en compte. Elle m’a paru par ailleurs très sympathique et à l’aise dans son nouveau rôle.

Les perdants et les aspects négatifs
Je fais parti des perdants puisque mon objectif était d’être le premier socialiste de la liste. La situation ne manque d’ailleurs pas d’ironie puisque le système dont j’ai été l’un des principaux instigateurs n’a pas su me désigner. Il y a certainement quelques enseignements à en tirer. Dans cet exercice, j’essaierai d’éviter une attitude « à la Jospin ».
La participation a été bonne mais elle a mis en lumière le fait que notre section ne compte 150 adhérents qu'en théorie. Beaucoup des fameux "adhérents à 20 euros" dont un article de Libé parlait ne souhaitent pas reprendre leur carte. C’est d’ailleurs un vrai sujet qui mérite d’être abordé plus en détail. L’objectif de ce genre de vote est notamment de donner du sens et encourager l’engagement militant. Nous avons donc encore du travail de ce coté là.

Un mot sur l’illustration de cet article. Une vanité est là pour rappeler à chacun que notre présence sur terre est peu de chose et que nos préoccupations sont mesquines au regard de la mort, du temps, du cosmos. Il est donc toujours utile d’en avoir une à portée pour certaines circonstances et je mets celle-ci à la disposition des lecteurs. Ce n’est donc pas une illustration de mon humeur ou de mes sentiments pour Vincent Michelin (le gagnant du vote) que je salue et félicite au passage.


Sur le même sujet sur ce blog :
Faire une liste aux municipales - comment ça marche ?
Faire une liste aux municipales (la suite)
Voir les résultats sur le site de la section ici


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dimanche 21 octobre 2007

Faire une liste aux municipales (la suite)



Ça y est, c’est prévu pour ce mercredi, la section PS du 6ème a décidé de faire voter sur l’ordre des candidats issus des militants (1). Cette liste préfigure normalement celle que présentera Gérard Collomb, à quelques détails prêts ( ?). En effet, vont se rajouter et s’intercaler dans les prochains mois des candidatures qui ne seront pas issues du PS : membres de la société civile ou partenaires politiques de toute la gauche (et peut-être au delà). Entre l’exigence d’efficacité et la nécessité démocratique, entre la légitimité de l'élu en responsabilité et celle du parti, comment trouver le bon équilibre ?

Du point de vue de Gérard Collomb
Heidi Giovacchini, directrice de la clinique Monplaisir a déjà été annoncée pour la tête de liste de l’arrondissement de Lyon 6.
Que Gérard Collomb souhaite s’ouvrir à la société civile semble une démarche logique et nécessaire. Dans une ville où la sociologie n’implique pas de façon évidente un vote à gauche, le maire doit trouver des appuis au-delà de sa famille politique. De plus, comment ne pas constater que le PS aujourd’hui n’est pas au mieux de sa forme. Beaucoup de maires sortants doivent s’interroger : est-ce que leur appartenance à ce parti va les aider ou au contraire les handicaper pour les élections de mars prochain ? C’est bien au PS de prouver qu’il peut apporter quelque chose à ces candidats.

Du point de vue des militants
Les militants « de base » pour leur part, souhaitent montrer qu’ils peuvent être mieux qu’une force d’appoint dans la lutte qui s’annonce. Ce qui distingue un parti politique d’un club de supporters, c’est la faculté que les militants ont de participer aux étapes clés de la vie politique : la réflexion sur le programme, la désignation des candidats et bien sûr l’émergence des rangs du parti de certains candidats. Il ne peut y avoir de monopole des militants sur ces rôles. L’élaboration réelle d’un programme demande généralement plus de connaissances qu’ils n’en possèdent, la désignation des candidats doit prévoir l’intégration de partenaires qui seront éventuellement plus utiles que les candidats issus des rangs militants. Cependant, ne pas reconnaître ces rôles aux militants, c’est leur enlever leur raison d’être.

De mon point de vue

L’organisation de ce vote est une expérience inédite (ou du moins inusitée). La désignation des têtes de listes par un suffrage militant est en passe de devenir la norme pour la plupart des partis. L’ordonnancement des listes par un vote est l’étape suivante. A terme, elle peut être un moyen de revitalisation de la vie politique locale par un surcroît de démocratie, de la même façon que l’on avait pu le dire des primaires PS aux présidentielles.
Le reproche qui a été fait ensuite au système de primaires du PS, a été, à cause des aléas d’une campagne interne, d’avoir affaibli la personnalité désignée. Il est vrai que ce risque existe. Toute campagne interne crée des frictions et peut ensuite affaiblir le candidat élu. L’absence d’élections en interne, crée elle, des frustrations. Gageons qu’entre ces deux maux, nous saurons choisir le moindre.

(1) un précédent article avait donné le pourquoi et le comment de ce vote

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jeudi 4 octobre 2007

Faire une liste pour les municipales - comment ça marche ?




Dans tout processus électoral, pour juger de la qualité démocratique d’un scrutin, il est intéressant de considérer ce qui se passe AVANT l’élection : des candidatures libres, un scrutin sincère et exempt de fraude, certes… mais quid de l’établissement des listes de candidats soumises aux électeurs ? Le code électoral est muet sur la façon dont elles doivent se confectionner. On imagine que cela laisse la place à toutes sortes de pratiques, comprises entre la négociation pour établir un subtil équilibre interne et le diktat ou le coup de force. Comme la question se pose un peu partout, de la plus rurale à la plus urbaine des 36 000 communes de France, cela justifie de s’attarder un peu.

La loi de la tête de liste
La tête de liste décide, c’est la pratique la plus répandue. Si dans beaucoup de partis, cette tête de liste est désignée par un suffrage de militants, elle reste ensuite seule à la manœuvre pour la composition des listes. Cela ne signifie pas qu’elle décide tout toute seule mais qu’elle assume seule la responsabilité du résultat. Des négociations ne manqueront pas d’intervenir avec les alliés et partenaires, qu’ils appartiennent à son parti, à un autre parti ou à la société dite civile. Le résultat est ensuite affaire de style et de rapport de force. La « loi de la tête de liste » n’implique pas un système autocratique car il ne faut pas confondre l’apparence et la réalité du pouvoir.
Ainsi, un premier ministre anglais a pu dire autrefois : « il faut que je les suive, c’est moi leur chef ».

La raison de celui qui parle le plus fort

C’est une expérience que beaucoup d’entre nous ont faite : lors d’une réunion, une idée ou un projet est présenté à un groupe de personnes. S’il n’y a pas de réaction, le projet est considéré comme validé. Si au contraire, un individu - en général une « grande gueule » - formule une objection ou un rejet, le projet est modifié. La majorité des décisions, dite collégiale, se prennent ainsi. Prendre le temps d’un tour de table n’est pas toujours possible. Sans doute tout le monde n’est-il pas d’accord avec la « grande gueule » mais personne n’est assez motivé pour l’affronter et chacun imagine qu’il serait le seul à ne pas être d’accord.
Quand on fabrique une liste de candidats, ce sont les grandes gueules qui haussent le ton pour être aux bonnes places. Le silence autour d’eux passe pour de l’assentiment. C’est pourquoi le monde appartient aux grandes gueules (et non aux chefs).

Trouver une solution démocratique
Si mon constat est juste, la situation actuelle n’est pas très satisfaisante. Ne peut-on trouver de solution alternative ?
Je discutais hier avec mon secrétaire de section (au PS, le responsable d’un groupe de quelques dizaines ou centaines de militants) et il m’a soumis l’idée de faire une liste (pour le 6ème arrondissement de Lyon) dont l’ordonnancement serait issu d’un vote. Les statuts du PS prévoient la constitution de la liste par une commission, suivie d’un vote sans possibilité de modification de cette liste. Mais rien n’interdit une consultation des militants sur la place des candidats dans la liste, étant entendu que seuls les premiers ont une possibilité d’être élus. La solution proposée et que je soumets au débat est celle-ci :
Les différentes candidatures se voient attribuées des points lors du vote en fonction des préférences des votants. Celui qui souhaite que le candidat A soit premier de liste sur 5 postes éligibles, lui attribue 5 points, 4 points pour le voir second, puis 3, 2, 1 ou 0 points pour l’éliminer. Il répond ensuite à la même grille pour les candidats B, C, D, etc. Cela ressemble un peu à une grille de Yam et c’est plus simple à comprendre qu’à expliquer. A l’heure de l’informatique et des tableurs, le dépouillement est facile et permet de départager et d’ordonnancer les candidats à la candidature.

On peut imaginer qu’un tel système ne va pas être adopté instantanément dans 36 000 communes mais si des volontaires se déclarent, je suis preneur d’un retour d’expérience.

Cet article est également publié par Agoravox et LePost

Laurent Jauffret


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jeudi 13 septembre 2007

Qui a peur de la démocratie participative ?


Dans cet article, vous trouverez, entre autres choses, une liste des défauts de la démocratie participative (DP) : défauts supposés, préjugés, procès d’intentions de tous poils mais aussi inconvénients bien réels, auxquels on peut, parfois, apporter des correctifs, parfois pas.
Cet inventaire n’est sans doute pas le meilleur moyen de « vendre » la démocratie participative à nos concitoyens. Il paraît à priori plus simple et logique de dresser la liste de ses qualités qui vont lui permettre de sauver notre vieux système de représentation sclérosé. Sauf que les défauts de la DP ressemblent à ceux de la démocratie et que comme disait Churchill et comme chacun sait désormais, la démocratie est le pire des systèmes à l'exception de tous les autres. Ne peut-on dire la même chose de la DP ? Faire la liste de ses défauts, c’est aussi apprendre à faire avec ou chercher des solutions pour faire sans. Apprendre à ne garder de la démocratie participative que ce qui peut améliorer la démocratie tout court.

La démocratie participative ? non merci, tout va très bien comme ça


Ici pourrait se glisser le passage obligé sur la crise de notre système actuel de représentation. Il faudrait évoquer les notions d’abstention, de désaffection, de sous représentation, de confiscation, d’image négative, de technostructure… cette démonstration n’est sans doute pas nécessaire car chacun sent bien qu’il existe un problème. La dernière élection présidentielle a marqué cependant une sorte de renouveau démocratique. La participation a été forte, y compris chez les jeunes, les débats nourris et passionnés… Sauf que les 3 principaux candidats, Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou, ont chacun fait campagne sur la rupture, le changement de système, d’époque, de logiciel… L’élection suivante, celle des législatives, a montré que le phénomène de baisse continue de la participation était bien une tendance lourde et que la présidentielle était l’exception.


Et au niveau local ?


On sait que les maires sont jugés de façon positive par les français. Quand ils disent du mal des hommes politiques, ils sous-entendent « sauf monsieur le maire bien sûr ». Donc tout va bien ? Pas si sûr. D’abord, à l’exception des grandes villes, il existe une vraie difficulté à recruter du personnel politique local. C’est une activité qui demande du temps et de l’énergie et qui apporte en retour assez peu de rétributions, symboliques ou matérielles.
Un autre problème peut être pointé : celui de la difficulté à faire vivre un débat municipal. Qui s’intéresse aux conseils municipaux ?quelle part de la population est réellement informée, impliquée dans ses discussions ? Sans parler des échelons du Conseil général ou de l’intercommunalité qui ne rencontrent qu’indifférence et incompréhension de la part de la population.
Il faut dire aussi que les sujets apparemment les plus simples, comme la propreté ou le ramassage des déchets, font en réalité appel à toutes sortes de connaissances administratives, techniques, juridiques, économiques : ils nécessitent de savoir quelle collectivité est compétente sur quelle question, comment fonctionne une délégation de service public ou un appel d’offre, quels sont les acteurs économiques du secteur : Le résultat est que, tout comme au niveau national, la technostructure gagne sans cesse du terrain.


Injecter du sang neuf

Pour régénérer un système dont on voit les signes d’usure, pour inverser la tendance au désintérêt et au désengagement des citoyens envers la politique traditionnelle, il faut que de nouvelles couches de la population soient sollicitées, avec des moyens nouveaux et différents. Cela peut être une des justifications de la DP : la politique à l’ancienne a besoin de la DP.
L’autre bonne raison pour aller dans cette direction est la demande. Les citoyens réticents à l’engagement politique traditionnel sont néanmoins demandeurs de formes nouvelles. Le succès des conseils de quartier, mis en place dans les grandes villes lors du dernier mandat municipal en témoigne. Pour la politique nationale, le cas des forums participatifs de la campagne de Ségolène Royal a joué un rôle de révélateur. L’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir a mis la DP au second plan mais d’une façon provisoire à mon avis. L’approche des municipales va réactiver cette question. Ses partisans et ses adversaires vont se déclarer et commencer à s’empoigner.


Élus versus démocratie participative


Il existe une vision de la DP, qui ne manque pas de logique et qui pourrait se résumer par cette évidence : si les élus représentent les citoyens, qui représentent les citoyens auxquels la DP donne la parole. Bien sûr la réponse s’impose : ils ne représentent qu’eux même.
L’arrivée de la DP dans notre système politique revient à remettre en cause de facto la légitimité des élus pour lui opposer celle de « simples citoyens » dont la légitimité est en fait beaucoup plus problématique.
Les élus sont contestés au nom de leur faible représentativité. Ce sont des hommes, plutôt âgés, issus de la fonction publique ou de profession libérale et n’appartenant pas aux « minorités visibles » de la société. La DP donne pour sa part la parole à ceux qui sont volontaires pour assister à des réunions le soir et se trouvent être le plus souvent des hommes, plutôt âgés et retraités et n’appartenant pas non plus aux « minorités visibles » de la société.
Transférer une parcelle de pouvoir des politiques vers cette population semble de nature à faire régresser la démocratie plutôt que la faire progresser. Et que dire des associations représentant toutes sortes de populations, les piétons, les automobilistes, les buveurs d’eau, etc. Les avons-nous désignés ? D’où tiennent -t-ils leurs mandats ? les tenants de la DP répondent alors : ils le tiennent des membres de leur association qui les ont désignés. Tout comme les hommes - les femmes - politiques sont désignés par les partis et leurs militants.


Militants versus démocratie participative

Si le militantisme, le système des partis, étaient bien fait, il n’y aurait pas besoin de la participation citoyenne – si la démocratie participative était bien faite, il n’y aurait pas besoin de partis politiques.
C’est un peu une provocation, un peu une boutade, mais pas seulement. Les partis politiques sont sensés représenter la société et désigner en leur sein les candidats aux élections. Il est quasi impossible d’être élu sans être passé par eux. Toute la validité démocratique du système électif repose sur deux présupposés :
- Les partis représentent la société dans sa diversité ;
- ils ont eux même un fonctionnement démocratique.
Bien évidemment ces deux affirmations sont discutables. Si le PS devenait réellement un parti de masse, si sa sociologie correspondait à son électorat, s’il renouvelait ses modes de débats collectifs, si tous les partis politiques connaissaient aussi de telles évolutions… Alors la DP serait inutile.
Si la DP n’avait les inconvénients que j’ai cités précédemment (et ce n’est pas fini), alors les partis seraient inutiles.
En attendant ce grand soir de la démocratie, mieux vaut tacher de fonctionner avec les partis ET la démocratie participative.


Qui décide quoi ?


Tant que la DP se réduira à des réunions de quartiers, tant que ne participeront que « ceux qui ont le temps » ou « qui habitent à côté », sans autre forme de légitimité, il me semble déraisonnable de lui donner un rôle autre que consultatif ou marginal. Les citoyens concernés par un projet peuvent trouver de l’information, se faire une opinion et la faire connaître. Ce n’est déjà pas si mal. Cette opinion peut (et doit) intéresser l’élu mais ne doit pas s’imposer à lui. Il doit pouvoir prendre sa décision, ses responsabilités en fonction de ses convictions et de ce qu’il pense être l’état de l’opinion.
L’inconvénient de cette conception est que la DP peut se transformer en outil de communication, et même diront certains, en outil de manipulation. C’est un risque à garder présent à l’esprit.


L’épouvantail du jury populaire


Pour faire correspondre une assemblée de citoyens à la population, une méthode existe depuis fort longtemps (les fameux grecs) : le tirage au sort. L’idée a même été agitée par Ségolène Royal pendant la campagne (je l’avais commenté dans ce billet). Les arguments invoqués précédemment sur le défaut de représentativité ou de légitimité tombent.
En revanche, bien que représentatif et légitime, le jury populaire tiré au sort se voit soupçonné 1/de faire doublon avec les élus 2/d’être incompétent. Une réponse sur le premier point avait été donnée par Ségolène Royal : charger ces jurys de l’évaluation des politiques publiques. Celle-ci n’existe pas vraiment dans notre pays et la confier à des citoyens ne prive personne de son job. Mais seront-ils qualifiés pour le poste ? Le deuxième argument, celui de l’incompétence, parait plus difficile à écarter. Sauf à rendre les gens compétents avant de leur demander leur avis. N’est-ce pas le rôle d’une démocratie que de former ses citoyens ?


La république des sondages ?


De simples citoyens ont la parole tous les jours sur toutes sortes de matières via les sondages. Ils expriment une opinion spontanée sur un sujet auquel ils n’ont pas réfléchi et ces sondages là, guident ensuite l’action publique. Gouverner avec les sondages, c’est par définition gouverner avec un point de vue non éclairé. Pour que la DP évite ce travers, les citoyens doivent délibérer et non répondre par oui ou par non à un enquêteur. Cela implique au préalable d’avoir été formé et informé, de préférence par des experts impartiaux, désignés par les jurés eux-mêmes ou par une autorité indépendante. Tout cela paraît bien compliqué mais est déjà en œuvre en Allemagne par exemple.


Et au niveau local ?

Quand un équipement concernant un vaste territoire (une ligne de chemin de fer, un contournement routier, un stade, etc.) est soumis à la concertation, les participants sont pour la plupart des riverains du projet, c'est-à-dire ceux qui vont en connaître les désagréments et qui sont les seuls à s’exprimer. Les autres, bénéficiaires de l’équipement, ne se dérangent pas pour dire ce qu’ils en pensent.
Un jury tiré au sort ne présenterait pas les mêmes inconvénients. Ce jury pourrait-il avoir le dernier mot ? Personne n’y est prêt pour le moment mais cela peut constituer un jour une alternative au référendum.


Vers une campagne participative ?


Le dirigeant qui n’écoute que ses convictions est un doctrinaire, celui qui n’écoute que les enquêtes d’opinion est un démagogue, les autres sont des hommes ou des femmes politiques.
Par excellence, une campagne électorale doit être un moment de rencontre entre le pays et ses dirigeants et donc comporter des moments d’écoute. Cette écoute doit enrichir les propositions soumises aux électeurs.
Une campagne électorale aujourd’hui ne peut donc s’abstraire d’un dispositif participatif. Les outils technologiques sur le web (voir l’exemple du site de Bertrand Delanoë) peuvent se révéler précieux tout comme les forums et cafés politiques. Les conversations sur le marché, au comptoir du commerce ou dans les cages d’escalier ont également leur place.
Pour une démocratie vivante, faisons flèche de tous bois.

Cet article est également publié par Agoravox et LePost
le sujet sera abordé samedi 15 novembre dans l'atelier "outils de la démocratie participative" lors du séminaire de rentrée de la fédération du PS du Rhône


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mercredi 25 octobre 2006

Pour ou contre les jurys citoyens

Ségolène Royal à fait sensation en lançant l’idée de « jurys de citoyens qui évalueraient les politiques publiques ».

Tout d’abord, merci à elle d’animer cette campagne avec de vrais sujets de fond : On peut l’accuser de marketing électoral mais on ne peut pas lui enlever qu’en parlant de carte scolaire ou de démocratie participative, elle renouvelle et provoque le débat d’idées.


Populisme ?
J’entends un premier reproche sur le thème du populisme : elle entretiendrait la méfiance de la population envers ses élus. Le Cevipof a lancé un sondage dont la presse s’est fait l’écho. 60% des français n’ont pas confiance dans l’honnêteté de leurs dirigeants. Je trouve ça suffisamment inquiétant pour mériter une réponse politique. Ce sondage a été plutôt ignoré par la classe politique française comme si personne n’était concerné en particulier. La proposition de Ségolène Royal est une première piste

Démocratie d’opinion ?
Bernard Accoyer (UMP) a accusé Ségolène Royal de confondre « corps électoral et panels d’instituts de sondages » et d’autres responsables lui reproche de favoriser l’avènement d’une « démocratie d’opinion ».

Je pense que c’est un contresens. C’est aujourd’hui, en ce moment, que la démocratie d’opinion bat son plein ! Quand un nouveau sondage provoque la panique dans les états-majors des partis et modifie les programmes, de quoi s’agit-il d’autre ?

Un jury est le contraire d’un panel. Dans un panel, le consommateur est interrogé à tout bout de champs sur sa marque de dentifrice ou ses choix politiques et doit répondre en quelques secondes, quelle que soit la complexité du sujet. A l’inverse , un jury est composé de citoyens tirés au sort ; installés dans leurs fonctions, responsabilisés, informés et rendant des avis après avoir délibéré.

Evaluation
Quoi d’anormal à ce que les élus fassent l’objet d’une évaluation ? Cela ne remplace pas le suffrage universel mais donne aux citoyens des moyens supplémentaires de se faire une opinion. On ne peut pas s’en remettre uniquement aux médias pour faire une évaluation (surtout quand on voit le 20 H sur TF1 - mais c’est un autre débat). L’évaluation existe dans les entreprises ou dans les universités (pas en France). Le principe en est sain à condition de ne pas en faire un absolu.

Démocratie participative et intelligence collective
La démocratie participative ne se fait pas seulement dans les réunions de quartiers. De nouvelles formes sont à inventer pour lui donner un contenu. Le tirage au sort permet de diversifier la participation, d’éviter que seuls les retraités prennent le temps de s’investir, de faire venir des jeunes ou des populations marginalisées.

L’intelligence collective n’est pas un phénomène spontané ; Il faut des procédures originales pour qu’elle se développe. Nous devons savoir poser les bonnes questions pour avoir les bonnes réponses.


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