jeudi 4 octobre 2007

Faire une liste pour les municipales - comment ça marche ?




Dans tout processus électoral, pour juger de la qualité démocratique d’un scrutin, il est intéressant de considérer ce qui se passe AVANT l’élection : des candidatures libres, un scrutin sincère et exempt de fraude, certes… mais quid de l’établissement des listes de candidats soumises aux électeurs ? Le code électoral est muet sur la façon dont elles doivent se confectionner. On imagine que cela laisse la place à toutes sortes de pratiques, comprises entre la négociation pour établir un subtil équilibre interne et le diktat ou le coup de force. Comme la question se pose un peu partout, de la plus rurale à la plus urbaine des 36 000 communes de France, cela justifie de s’attarder un peu.

La loi de la tête de liste
La tête de liste décide, c’est la pratique la plus répandue. Si dans beaucoup de partis, cette tête de liste est désignée par un suffrage de militants, elle reste ensuite seule à la manœuvre pour la composition des listes. Cela ne signifie pas qu’elle décide tout toute seule mais qu’elle assume seule la responsabilité du résultat. Des négociations ne manqueront pas d’intervenir avec les alliés et partenaires, qu’ils appartiennent à son parti, à un autre parti ou à la société dite civile. Le résultat est ensuite affaire de style et de rapport de force. La « loi de la tête de liste » n’implique pas un système autocratique car il ne faut pas confondre l’apparence et la réalité du pouvoir.
Ainsi, un premier ministre anglais a pu dire autrefois : « il faut que je les suive, c’est moi leur chef ».

La raison de celui qui parle le plus fort

C’est une expérience que beaucoup d’entre nous ont faite : lors d’une réunion, une idée ou un projet est présenté à un groupe de personnes. S’il n’y a pas de réaction, le projet est considéré comme validé. Si au contraire, un individu - en général une « grande gueule » - formule une objection ou un rejet, le projet est modifié. La majorité des décisions, dite collégiale, se prennent ainsi. Prendre le temps d’un tour de table n’est pas toujours possible. Sans doute tout le monde n’est-il pas d’accord avec la « grande gueule » mais personne n’est assez motivé pour l’affronter et chacun imagine qu’il serait le seul à ne pas être d’accord.
Quand on fabrique une liste de candidats, ce sont les grandes gueules qui haussent le ton pour être aux bonnes places. Le silence autour d’eux passe pour de l’assentiment. C’est pourquoi le monde appartient aux grandes gueules (et non aux chefs).

Trouver une solution démocratique
Si mon constat est juste, la situation actuelle n’est pas très satisfaisante. Ne peut-on trouver de solution alternative ?
Je discutais hier avec mon secrétaire de section (au PS, le responsable d’un groupe de quelques dizaines ou centaines de militants) et il m’a soumis l’idée de faire une liste (pour le 6ème arrondissement de Lyon) dont l’ordonnancement serait issu d’un vote. Les statuts du PS prévoient la constitution de la liste par une commission, suivie d’un vote sans possibilité de modification de cette liste. Mais rien n’interdit une consultation des militants sur la place des candidats dans la liste, étant entendu que seuls les premiers ont une possibilité d’être élus. La solution proposée et que je soumets au débat est celle-ci :
Les différentes candidatures se voient attribuées des points lors du vote en fonction des préférences des votants. Celui qui souhaite que le candidat A soit premier de liste sur 5 postes éligibles, lui attribue 5 points, 4 points pour le voir second, puis 3, 2, 1 ou 0 points pour l’éliminer. Il répond ensuite à la même grille pour les candidats B, C, D, etc. Cela ressemble un peu à une grille de Yam et c’est plus simple à comprendre qu’à expliquer. A l’heure de l’informatique et des tableurs, le dépouillement est facile et permet de départager et d’ordonnancer les candidats à la candidature.

On peut imaginer qu’un tel système ne va pas être adopté instantanément dans 36 000 communes mais si des volontaires se déclarent, je suis preneur d’un retour d’expérience.

Cet article est également publié par Agoravox et LePost

Laurent Jauffret

9 commentaires:

Anonyme a dit…

mais voyons, il faut relire "l'Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix" de Condorcet. Il montre le paradoxe - qui porte son nom - qu'il n'existe pas d'élection de liste à panachage qui soit univoque et que ce type de désignation pose donc la question de sa cohérence démocratique ! (http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_de_Condorcet)
je propose d'autre solutions : un quizz façon trivial pursuit, une course de fond jusqu'à épuisement ou la batte de base ball dans les tibias du secrétaire de section qui ose briguer ta place. quitte à ne pas être démocratique, autant déconner a fond !

Laurent Jauffret a dit…

Cher anonyme
J'apprécie ton gout du paradoxe et je suis d'accord pour une relecture de condorcet. L'exemple Bayrou Sarkozy Royal était facile à comprendre. Comment expliciter le paradoxe du système proposé ?

jacques martin a dit…

pas d'accord avec anonyme!
au vu de ce que tu expliques, même un système paradoxal et incohérent à l'occasion semble meilleur que le système pas démocratique actuel
Non mais!!!

romain blachier a dit…

Connais-tu la République des Blogs ?

Rien de trés compliqué, de trés structuré, tout se fait autour d'un verre, c'est l'occasion pour les lecteurs et auteurs de blogs s'intéressant peu ou prou à la politique, quelle que soi leur tendance,de se parler "physiquement", de se rencontrer, d'échanger.

Nous avons convenu de faire la première édition de l'évènement mardi 23 octobre à partir de 20h au Jonkafé 21, rue Pasteur.

Possesseurs de blogs comme simple lecteurs vous êtes tous invités à venir et à relayer l'info pour faire réussir ce grand moment convivial de citoyenneté numérique !

www.romainblachier.fr

genevieve brichet a dit…

moi, je suis OK avec Laurent. on fait une liste, on informe les militants de la section des candidats sur la liste, en on leur demande de voter. c'est simple, c'est démocratique. après, on aura surement des impératifs liés à la tête de liste eyt aux arbitrages de négociation avec les autres partis, mais au moins, les militants se seront exprimés!

Anonyme a dit…

et si on posait une autre question comme "faire un programme, comment ça marche ?" on pourrait alors glosser sur deux formes parrallèles de construction humaine et cyber. le blog (moi je) et le wiki (nous nous). ..

Laurent Jauffret a dit…

Condorcet n'a qu'à bien se tenir.
Les modalités du vote ont été définies en réunion de bureau et prévoient finalement que 100 points sont attribués aux 4 premiers candidats ordonnancés : 50 points pour le 1er, 25 pour le 2ème, 15 et 10 pour les suivants. L'idée étant de dégager une personnalité choisie pour être en tête et non par défaut.
Le vote lui même est évoqué aussi ici = Faire une liste aux municipales (la suite)

David a dit…

Superbe initiative trop peu répendu à mon goût...Je vais m'empresser de la proposer à mon secrétaire de section!!!
David section de Bron

Laurent Jauffret a dit…

salut david
n'oublie pas de revenir en donner des nouvelles à ce même endroit