
« Faut-il brûler les maisons individuelles », est le premier titre qui me soit venu à l’esprit avant d’écrire cet article. Quand il a fallu passer à la rédaction, je me suis rabattu sur un titre moins provocateur car tenir un discours politique qui propose de brûler quelque chose que tout le monde adore, n’est ni réaliste, ni juste. Un sondage datant de janvier 2007 estimait que près de 90 % de la population marque sa préférence pour cet habitat au détriment de l’habitat collectif. J’ai donc tenté de réfléchir dans cet article, à une position qui prenne en compte cette réalité mais ne soit pas (trop) en contradiction avec ce qu’il est convenu d’appeler le développement durable.
Car, vous vous en doutez, les trois péchés de la maison individuelle sont des péchés contre la planète. Et donc un jour ou un autre, ce seront des péchés mortels.
1/ La maison individuelle : un péché contre l’économie durable
Quand il s’agit de faire passer l’eau, le gaz ou l’électricité, pour évacuer les eaux usées ou les déchets ménagers, il est plus économique de traiter tout un immeuble qu’une maison isolée.
Concernant le chauffage, chacun comprend que, indépendamment des mesures d’isolation et de la qualité du bâti, le collectif coute moins cher car une bonne partie des échanges thermiques se fait avec notre voisin et non avec l’extérieur.
Si le fonctionnement coute plus cher, cela regarde les occupants, me direz-vous ? Non, pas seulement. Pour la collectivité (donc vous et moi), l’habitat individuel coute plus cher aussi. La collectivité peut traduire ce surcout dans ses tarifs de raccordement aux réseaux divers. La plupart du temps, elle ne le fait pas. D’autre part, l’énergie dépensée étant en grande partie de l’énergie fossile et non renouvelable, cela nous regarde tous, non pas nous, les contribuables mais nous, les citoyens.
Des réponses existent néanmoins. Les normes HQE, les maisons passives sont en passe de devenir autre chose que des lubies de babas. Dorénavant, même un constructeur comme Phenix s’adjoint Yann Arthus Bertrand pour proposer un concept de maison écologique.
Le coût énergétique supplémentaire est donc acceptable, A LA CONDITION que s’imposent le plus tôt possible des normes rigoureuses de construction.
Cela ne règlerait d’ailleurs pas le problème des habitations existantes dont beaucoup, quels que soient les travaux entrepris, resteront énergivores.
Pour les habitations impossibles à réformer, que faut-il prévoir ? Les brûler suivant mon idée initiale ? Ou, plus sérieusement des démolitions-reconstructions ciblées, à l’image de ce qui se fait pour les grands ensembles des années 60, quand on désespère de les rendre à nouveau attractifs ?
2/ La maison individuelle : un péché contre le paysage
Promenez-vous dans le Beaujolais, promenez-vous dans la Drôme… Mais faites vite car les paysages sont en passe d’être dénaturés. La pression est forte pour la création de lotissements. Les vignerons sont d’accord pour réduire leur production de vin (qu’ils n’arrivent d’ailleurs plus à vendre) si les terres agricoles deviennent constructibles. Attendons-nous à voir pousser toujours et partout, plus de nouvelles constructions : fermettes provençales ré acclimatées à la Bourgogne ou à l’Auvergne, agrémentées de piscines hors sols et de chaises longues en plastique
La population française, à qui l’on n’a jamais inculqué la moindre culture architecturale à l’école, se précipite depuis trente ans sur les produits sans goût ni grâce des promoteurs constructeurs. Certains, croyant faire preuve d’imagination, ont personnalisé leur plan, lui donnant une forme torturée, multipliant les décrochements, les vérandas, les colonnades. D’autres,par souci d’être gais, ont tenté la couleur avec des enduits de façade jaunes canari et des volets mauves. Les points de vue les plus typiques sont ainsi durablement pollués, avec l’assentiment des élus locaux et dans l’indifférence ou l’aveuglement général. Si certains secteurs de notre pays sont en phase terminale de ce processus (notamment une bonne partie de nos cotes), d’autres régions, qui souhaitent s’ouvrir au tourisme ou qui voient arriver des populations de « rurbains », peuvent encore être sauvées.
Il y a un mystère que l’on n’expliquera pas : pourquoi pendant des générations, les français ont construit de leurs mains de si jolies fermes et pourquoi aujourd’hui aiment-ils de si laids pavillons ? Leur goût se remettra-t-il d’aplomb ? à quelle condition et après quelles mesures coercitives ?
Ne peux-t-on imaginer que toutes nouvelles constructions soient tenues de respecter un cahier des charges architectural qui garantisse un minimum d’insertion dans le paysage ? Cela existe, me direz-vous, dans les secteurs classés. Mais nous ne vivons pas tous dans des secteurs classés et ne méritons pas pour autant les secteurs déclassés.
Quelques pistes pour un cahier des charges d’insertion paysagère : Se tenir à un volume ou une forme générale correspondant à l’architecture locale, garder la même pente de toit, le même type de tuiles, se conformer à une palette de couleurs, etc. A CETTE CONDITION, on pourra concilier la construction de maisons individuelles et la qualité paysagère.
Ce type de mesure est bien sûr très conservateur (ou conservatoire) et susceptible de stériliser la créativité architecturale. Les architectes seraient sans doute les premiers à s’opposer à ce retour à une architecture « traditionnelle » et locale. Le remède n’est pourtant pas pire que le mal et rien n’empêche de prévoir des exceptions à ces règles contraignantes si c’est au nom de la qualité de la construction et non du bon plaisir des constructeurs.
3/ La maison individuelle : un péché contre la mobilité durable
Imaginons maintenant des maisons répondant aux exigences d’insertion dans le paysage et aux normes HQE. Doit-on encourager leur prolifération ?
Non, bien sûr. Ces précautions sont sans effet sur une autre conséquence de l’habitat en maison individuelle : le mode de vie. Ces maisons se construisent là où le terrain est abordable, dans la lointaine banlieue. Habiter dans ces zones « rurbaines » qui se développent en 3ème ou 4ème couronne des agglomérations implique pour une famille l’usage de deux ou trois voitures. La densité est faible, ce qui veut dire que les commerces, services et emplois sont rares, dispersés et que la voiture est nécessaire pour chaque activité. L’usage des transport en commun est inadapté. Pour justifier un tramway ou un métro, il faut un centre ville dense et non une rase campagne. Même les cars ne sont utilisés que par ceux qui ne peuvent pas conduire : les scolaires. Reste le train. La redynamisation du réseau ferroviaire local, la modernisation du matériel, le cadencement des horaires et la création de parkings relais sont en marche sous l’impulsion des régions. Il vaut sans doute mieux que de nouvelles populations s’établissent autour des gares que le long des autoroutes.
On ne devrait pourtant autoriser les implantations que là où il est possible de se passer de sa voiture : marcher jusqu’à la gare, faire ses courses ou aller à l’école en vélo... A CETTE CONDITION, on pourra concilier mobilité durable et habitation individuelle.
Gérer nos contradictions
Trois conditions pour continuer à faire des maisons individuelles, trois conditions pour préserver nos modes de vie tout en nous mettant un peu au régime : un régime avec moins d’émission de CO2, moins de déplacements et plus de respect des espaces naturels.
Est-ce que cela est suffisant et pour combien de temps ? La question reste ouverte.
L’autre solution consisterait à changer nos goûts, redécouvrir l’agrément du collectif, de la ville, du vivre ensemble les uns avec les autres, les uns au-dessus des autres et renoncer à cet idéal petit bourgeois de la maisonnette et du bout de jardin. Pour l'instant, personne ne semble prêt à cela. Ni vous, ni moi.
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