vendredi 21 septembre 2007

Vive la tour de béton !


C'est une image de concours d’architecture. Concours gagné en juin 2005(1) par les architectes Rousselle et Laisné. C'est donc une tour, de béton et, à mon avis, un parfait exemple à suivre pour construire la ville de demain.
Comme les tours de bétons n'ont pas toujours la cote, cela mérite quelques explications.

Une architecture inventive

Tout d’abord, vive l’architecture inventive : Cette tour est constituée d’une série de dalles béton dont aucune n’est exactement superposée à celle qui est en dessous. D’où cette allure de millefeuille chahuté, en rupture avec les monolithes de verre auxquels sont associées les tours habituellement.


Les terrasses omniprésentes

Vive les terrasses : Un des inconvénients majeurs de l’appartement par rapport à la maison individuelle tient dans l’obligation de vivre à l’intérieur. Or les habitants des villes ont de plus en plus envie d’être à l’air libre. Pour répondre à cette demande il faut 1/ créer de nouveaux parcs urbains (mais l’exercice a des limites car l’espace est rare et cher en ville), 2/ encourager les terrasses dans les immeubles neufs. Je parle de vraie terrasse où l’on puisse diner, recevoir, bronzer, etc. et non de couloirs-balcons. Il faut noter que la réglementation actuelle n’encourage aucunement les terrasses car le m2 de terrasse n’est pas distingué du m2 « habitable » dans les droits à construire.
Dernière remarque sur les terrasses du projet : elles semblent avoir chacune une certaine intimité, ce qui est possible en ne répétant pas la même forme d’un étage à l’autre et grâce à des différences d’orientation.


Bienfaits de la densité

Vive la densité : Le mot fait peur car il donne le sentiment que les habitants vont « se marcher dessus ». La réalité est autre. En fait ils vont « vivre les uns sur les autres » et c’est pour cela qu’ils auront de l’espace. L’espace au sol est restreint mais l’espace en hauteur est sous utilisé dans nos villes. Pour s’étaler, il faut choisir la verticale.
C’est parce que la ville aura choisi de se développer vers le haut qu’elle pourra retrouver de l’espace au sol pour des parcs et espaces de loisirs.


La vue imprenable

En insérant une tour dans un bâti plus traditionnel, on permet aux occupants de bénéficier de points de vue. L’espace parfois restreint d’un appartement ne se vit pas de la même façon si la vue donne sur les Alpes ou sur l’arrière cour.


Un urbanisme écologique


J’ignore si le projet en question est HQE. J’avoue que ça ne me paraît pas être le plus important. Plus que les quelques kilowatts économisés en fonction de l’isolation, c’est d’abord le mode de vie induit par une construction qu’il faut prendre en compte.
Prenez une habitation individuelle à la périphérie de la ville, même si l’architecte en a fait une « maison passive », elle implique par sa localisation que ses habitants auront un usage quotidien d’une ou deux voitures. En effet, dans la 2ème ou 3ème couronne des agglomérations, les transports en commun sont peu performants car l’habitat est disséminé, les emplois sont également loin des habitations, tout comme les lieux de loisir ou les commerces. La première condition pour qu’un habitat soit écologique est donc qu’il soit situé en ville - on en revient à la densité - permettant à ses occupants de se passer de voiture pour les principaux besoins de mobilité : travail, services, commerces…


Éloge de la mixité


L’urbanisme écologique implique aussi la non spécialisation des quartiers. Qui dit « quartier de bureau », dit aussi « déplacements » et qui dit « quartier dortoir » dit « déplacements » également. De plus l’espace est gaspillé puisqu’il n’est utilisé que la moitié du temps.
La tour de Roussel et Laisné est prévue pour un usage mixte de logements, bureaux et activités. Dans une ville vraiment bien faite (on peut rêver) chacun peut aller travailler à pied ou en vélo car les fonctions logement et emploi sont entremêlées.



Réhabiliter les tours


Les tours des années 60 ont été instituées en symbole des méfaits de la modernité. Je me souviens même qu’une étude avait établi que la criminalité dans les banlieues augmentait en exacte proportion du nombre d’étages. Ces préjugés ont la vie dure. Il suffit pourtant de regarder hors de France pour constater qu’un habitat en tour peut être de qualité, voir de grand luxe comme les immeubles près de Central Park à New York. Plus modeste et plus près de nous, la ville de Sète comporte quelques tours d’habitation de 15 ou 20 étages, disséminées le long des canaux. Leur architecture des années 60 est médiocre mais leurs silhouettes élancées s’intègrent plutôt bien au bâti traditionnel.


Affaire à suivre


Il y a quelques mois, un débat très parisien avait opposé partisans et adversaires des tours. Il semble que ces derniers ont gagné la première manche. Le reste de la France, lui, a assisté au match de loin et ne s’est pas senti concerné. Après tout, « la place ne manque pas chez nous » semblent penser les provinciaux.
Eh bien si justement ! la place manque dans nos têtes pour que ce type de projets se développe et nous propose un autre mode de vie.

Cet article est publié et débattu sur Naturavox

(1) Ce n'est donc pas une actualité brulante mais je suis tombé dessus à l'occasion du congrès des HLM qui se tenait à Lyon cette semaine. L'avantage de la découvrir si tard, c'est que ça nous rapproche de la date de livraison (il faudra un jour que je fasse une petite enquête sur les délais parfois extravagants qui existent entre le lancement d'un projet et sa réalisation).


5 commentaires:

Laurent Jauffret a dit…

Les tours de béton ne laissent pas indifférent et le débat a bien eu lieu mais sur naturaVox : http://www.naturavox.fr/article.php3?id_article=1936&id_forum=5351&var_mode=recalcul#commentaire5351 beaucoup de contributions reflètent une allergie persistante aux tours. Comme si des solutions qui présentent des avantages objectifs se trouvaient disqualifiées par des freins culturels, hérités de la période des années 50-60. Les points de vue positif sur le projet (et l'article) sont rares et viennent de gens du métier (archis ?). Il reste donc beaucoup de pédagogie à faire. Il est vrai que l'architecture est absente des programmes scolaires et très peu présente dans les médias. Du coup, lors d'un débat, le socle culturel commun est bien mince.

fv69100 a dit…

Je réagis un peu tard, pour saluer la qualité de ton blog, que j'apprécie beaucoup. Cet article m'a beaucoup intéressé, comme toujours.
FV

Anonyme a dit…

Je te felicite à mon tour pour la qualité de cet article. Concernant les tours-barres de l'urbaniste moderniste des année 60-80 de nombreuses pistes alternatives à la table rase voient désormais le jour, des solutions architecturales très pertinentes. Les architectes Lacaton et Vassal (http://www.lacatonvassal.com) ont notamment une grande reflexion sur le sujet... de belles opportunitées et un bel avenir à nos banlieues.
Amaury

Anonyme a dit…

Bonjour,

Je milite au PS et je vous invite tous a aller soutenir Jean Jack Queyranne pour les elections regionales de 2010 en Rhone Alpes sur http://www.uneregion-davance.fr

Anonyme a dit…

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