dimanche 14 octobre 2007

Les trois péchés de la maison individuelle


« Faut-il brûler les maisons individuelles », est le premier titre qui me soit venu à l’esprit avant d’écrire cet article. Quand il a fallu passer à la rédaction, je me suis rabattu sur un titre moins provocateur car tenir un discours politique qui propose de brûler quelque chose que tout le monde adore, n’est ni réaliste, ni juste. Un sondage datant de janvier 2007 estimait que près de 90 % de la population marque sa préférence pour cet habitat au détriment de l’habitat collectif. J’ai donc tenté de réfléchir dans cet article, à une position qui prenne en compte cette réalité mais ne soit pas (trop) en contradiction avec ce qu’il est convenu d’appeler le développement durable.
Car, vous vous en doutez, les trois péchés de la maison individuelle sont des péchés contre la planète. Et donc un jour ou un autre, ce seront des péchés mortels.

1/ La maison individuelle : un péché contre l’économie durable
Quand il s’agit de faire passer l’eau, le gaz ou l’électricité, pour évacuer les eaux usées ou les déchets ménagers, il est plus économique de traiter tout un immeuble qu’une maison isolée.
Concernant le chauffage, chacun comprend que, indépendamment des mesures d’isolation et de la qualité du bâti, le collectif coute moins cher car une bonne partie des échanges thermiques se fait avec notre voisin et non avec l’extérieur.
Si le fonctionnement coute plus cher, cela regarde les occupants, me direz-vous ? Non, pas seulement. Pour la collectivité (donc vous et moi), l’habitat individuel coute plus cher aussi. La collectivité peut traduire ce surcout dans ses tarifs de raccordement aux réseaux divers. La plupart du temps, elle ne le fait pas. D’autre part, l’énergie dépensée étant en grande partie de l’énergie fossile et non renouvelable, cela nous regarde tous, non pas nous, les contribuables mais nous, les citoyens.
Des réponses existent néanmoins. Les normes HQE, les maisons passives sont en passe de devenir autre chose que des lubies de babas. Dorénavant, même un constructeur comme Phenix s’adjoint Yann Arthus Bertrand pour proposer un concept de maison écologique.
Le coût énergétique supplémentaire est donc acceptable, A LA CONDITION que s’imposent le plus tôt possible des normes rigoureuses de construction.
Cela ne règlerait d’ailleurs pas le problème des habitations existantes dont beaucoup, quels que soient les travaux entrepris, resteront énergivores.
Pour les habitations impossibles à réformer, que faut-il prévoir ? Les brûler suivant mon idée initiale ? Ou, plus sérieusement des démolitions-reconstructions ciblées, à l’image de ce qui se fait pour les grands ensembles des années 60, quand on désespère de les rendre à nouveau attractifs ?

2/ La maison individuelle : un péché contre le paysage
Promenez-vous dans le Beaujolais, promenez-vous dans la Drôme… Mais faites vite car les paysages sont en passe d’être dénaturés. La pression est forte pour la création de lotissements. Les vignerons sont d’accord pour réduire leur production de vin (qu’ils n’arrivent d’ailleurs plus à vendre) si les terres agricoles deviennent constructibles. Attendons-nous à voir pousser toujours et partout, plus de nouvelles constructions : fermettes provençales ré acclimatées à la Bourgogne ou à l’Auvergne, agrémentées de piscines hors sols et de chaises longues en plastique
La population française, à qui l’on n’a jamais inculqué la moindre culture architecturale à l’école, se précipite depuis trente ans sur les produits sans goût ni grâce des promoteurs constructeurs. Certains, croyant faire preuve d’imagination, ont personnalisé leur plan, lui donnant une forme torturée, multipliant les décrochements, les vérandas, les colonnades. D’autres,par souci d’être gais, ont tenté la couleur avec des enduits de façade jaunes canari et des volets mauves. Les points de vue les plus typiques sont ainsi durablement pollués, avec l’assentiment des élus locaux et dans l’indifférence ou l’aveuglement général. Si certains secteurs de notre pays sont en phase terminale de ce processus (notamment une bonne partie de nos cotes), d’autres régions, qui souhaitent s’ouvrir au tourisme ou qui voient arriver des populations de « rurbains », peuvent encore être sauvées.
Il y a un mystère que l’on n’expliquera pas : pourquoi pendant des générations, les français ont construit de leurs mains de si jolies fermes et pourquoi aujourd’hui aiment-ils de si laids pavillons ? Leur goût se remettra-t-il d’aplomb ? à quelle condition et après quelles mesures coercitives ?
Ne peux-t-on imaginer que toutes nouvelles constructions soient tenues de respecter un cahier des charges architectural qui garantisse un minimum d’insertion dans le paysage ? Cela existe, me direz-vous, dans les secteurs classés. Mais nous ne vivons pas tous dans des secteurs classés et ne méritons pas pour autant les secteurs déclassés.
Quelques pistes pour un cahier des charges d’insertion paysagère : Se tenir à un volume ou une forme générale correspondant à l’architecture locale, garder la même pente de toit, le même type de tuiles, se conformer à une palette de couleurs, etc. A CETTE CONDITION, on pourra concilier la construction de maisons individuelles et la qualité paysagère.
Ce type de mesure est bien sûr très conservateur (ou conservatoire) et susceptible de stériliser la créativité architecturale. Les architectes seraient sans doute les premiers à s’opposer à ce retour à une architecture « traditionnelle » et locale. Le remède n’est pourtant pas pire que le mal et rien n’empêche de prévoir des exceptions à ces règles contraignantes si c’est au nom de la qualité de la construction et non du bon plaisir des constructeurs.



3/ La maison individuelle : un péché contre la mobilité durable
Imaginons maintenant des maisons répondant aux exigences d’insertion dans le paysage et aux normes HQE. Doit-on encourager leur prolifération ?
Non, bien sûr. Ces précautions sont sans effet sur une autre conséquence de l’habitat en maison individuelle : le mode de vie. Ces maisons se construisent là où le terrain est abordable, dans la lointaine banlieue. Habiter dans ces zones « rurbaines » qui se développent en 3ème ou 4ème couronne des agglomérations implique pour une famille l’usage de deux ou trois voitures. La densité est faible, ce qui veut dire que les commerces, services et emplois sont rares, dispersés et que la voiture est nécessaire pour chaque activité. L’usage des transport en commun est inadapté. Pour justifier un tramway ou un métro, il faut un centre ville dense et non une rase campagne. Même les cars ne sont utilisés que par ceux qui ne peuvent pas conduire : les scolaires. Reste le train. La redynamisation du réseau ferroviaire local, la modernisation du matériel, le cadencement des horaires et la création de parkings relais sont en marche sous l’impulsion des régions. Il vaut sans doute mieux que de nouvelles populations s’établissent autour des gares que le long des autoroutes.
On ne devrait pourtant autoriser les implantations que là où il est possible de se passer de sa voiture : marcher jusqu’à la gare, faire ses courses ou aller à l’école en vélo... A CETTE CONDITION, on pourra concilier mobilité durable et habitation individuelle.


Gérer nos contradictions
Trois conditions pour continuer à faire des maisons individuelles, trois conditions pour préserver nos modes de vie tout en nous mettant un peu au régime : un régime avec moins d’émission de CO2, moins de déplacements et plus de respect des espaces naturels.
Est-ce que cela est suffisant et pour combien de temps ? La question reste ouverte.
L’autre solution consisterait à changer nos goûts, redécouvrir l’agrément du collectif, de la ville, du vivre ensemble les uns avec les autres, les uns au-dessus des autres et renoncer à cet idéal petit bourgeois de la maisonnette et du bout de jardin.
Pour l'instant, personne ne semble prêt à cela. Ni vous, ni moi.

13 commentaires:

Hubert a dit…

Je confirme que d'ici quelques années, il faudra surement démolir des lotissements, exactement comme on démolit les ZUP. Les voies privées non entretenues, les maisons qui se dégradent alors qu'elle ne sont pas finies de payer, les relations de voisinage souvent conflictuelles, les familles avec des situations financières difficiles dues à des pertes d'emploi, le sur endettement, la voiture qui tombe en panne et qu'on a pas les moyens de réparer et on ne peut plus aller travailler...
D'ici quelques années, la situation risque d'être explosive. Il faut réfléchir dés maintenant à des solutions car si on attend que ça se dégrade, on va avoir des gros problèmes, comme pour les banlieues, avec des gens qui ne seront plus capable de se supporter et de vivre ensemble.

Anonyme a dit…

je ne suis trois fois pas d'accord : la maison est consubstentiellement anti développement durable (si tant est que ce concept fourre tout ait un sens) la maison coutera TOUJOURS plus cher en énergie même si elle bien isolée ou chauffée par le soleil, pour la simple raison qu'elle est loin des réseaux (d'adduction, d'assainissemnt, de collecte de OM, des transports en commun, etc). l'idée de permettre des maisons individuelles à la seule condition qu'elles soient située à proximité de gare ou de réseau de TC ressemble trop à de la justification pour être honnête ! et quand bien même, qui paiera les déficits des TC qui seront générés par ces desserte de zones peu denses ? les habitants des zones plus denses, comme toujours, faisant aisi marcher à plein régime un système anti redistributeur dont les plus nantis des zones pavillonaire se satisfont pleinement. Quand aux paysages, c'est maheureusement foutu. Les maires délivrent les permis de construire ; ils sont élus par ces habitants qui ne rêvent que de petites maisons de maçon, et les constructeurs alimentent ce rêve à grand renfort de pub et...d'"urbain traitre" qui pensent que la maison individuelle peut encore se justifier. Burn it down !

Roger-Pierre Jérabek a dit…

Comme le mariage ou la voiture, la maison individuelle est un jour appelée à disparaître. Ses rêves de jeune fille restent intiment liés à l’imaginaire des contes de fées (le carrosse, le château et le prince charmant) et permettent de matérialiser une valeur ancestrale transmise de génération en génération, la famille. Que proposons nous pour matérialiser le développement durable ? La peur ? La culpabilité ? L’involution ? Le concept de développement durable pour qu’il devienne de ces invisibles qui font avancer le monde, devra revêtir des oripeaux positifs et se matérialiser sur des éléments nouveaux de nature à permettre aux petites filles de rêver.
Le monde de demain se construit dans la progressivité, s’attaquer aux fondements du présent, sans proposer les piliers du futur, est un vain combat. Et ce quelque soit la légitimité de ce dernier.

manuel a dit…

je suis convaincu depuis longtemps que le bilan global de la maison individuelle dépasse celui de la concentration. Certes,il faut aborder les sujets à la mode comme l'environnement,et je marche dans la combine,mais aussi la qualité de vie,et la capacité à affronter les baisses de retraites sans trop de dégât dans le futur. Mais attention j’ai une conception particulière de la maison individuelle. Construite avec des matériaux locaux,(terre crue,paille etc.…) non polluants, recyclables. Ex :J’ai appris à carreler sur de la Chappe en terre mélangée avec un peu de sable. Résultat impressionnant. On peu récupérer les carreaux sans les casser. Le ciment est interdit chez moi. Un petit jardin sans pesticide ni engrais, pour manger des fruits et des légumes « cinq fois « par jour gratuitement .Quelque poules pour avoir des œufs de qualité. Un système de traitement des eaux non polluant et sous contrôle respectant les normes européennes en vigueur. Pour laver la voiture, ou autre utilisation non vitale,je n’utilise jamais l’eau du robinet. qui me sert pour boire ou faire la cuisine. Pour le reste c’est une combinaison de récupération d’eau de pluie et eaux usées de la maison recyclées, complétée par l’eau du puit .Sans oublier un point fort : la responsabilité d’entretenir son bien. Pas de tag possible ! J’habite du cote de Toulouse, ma vieille ferme que j’ai rénové entièrement ne dénature pas le paysage au contraire.(pour info c’est la septième maison que je restaure,et je sais de quoi je parle. Avec une petite retraite je vais m’en sortir, n’ayant plus ni crédit ni loyer.
Tiens dans un autre domaine, lorsque j’ai remboursé le crédit maison avant l’heure,j’ai été obligé de payer une pénalité non négligeable. Voila des changements de comportement à faire. Si on veut inciter les particuliers a se désendetter il faudrait les encourager plutôt !Mais les banques font ce qui leur plait !
manuel navarro

po a dit…

sacré manuel, va...! Il y donc du boulot pour faire comprendre aux bonnes ames qu'il ne suffit pas d'avoir de la bouse aux sabots pour faire dans le développement durable. Mais bon, les combats les plus difficiles sont sans doute les plus beaux. 90% de congénères à convaincre des méfaits de la maison indiduelle, une paille ! (à ce propos, j'avais tenté ça :
http://www.architecture2007.com/themes/logement/maison-individuelle/la-maison-individuelle-voila-l2019ennemie

fabien a dit…

Sacré po, va ! Il y a donc du boulot pour faire comprendre aux bonnes ames qu'il ne suffit pas d'habiter au 15è étage pour faire dans le développement durable.

Mettre tout le monde dans un immeuble en centre-ville, je veux bien, mais on mange comment après ? Parce que, quand on est agriculteur, être à la fois à côté de son lieu de travail ET dans un immeuble, c'est quand même super chaud.

C'est de toute façon un problème insoluble : soit les matières premières sont proches des habitations (modèle rural), mais de fait l'habitat est dispersé. Soit les habitations sont hyper-concentrées (modèle urbain) et dans ce cas l'accès aux matières premières est beaucoup plus long. Si c'est pour que les patates fassent 30 bornes en camion (et je suis super optimiste), ça vaut plus le coup de s'entasser.

Laurent Jauffret a dit…

Dans le débat très fourni qui a eu lieu à propos de cet article sur
Agoravox il est fait mention du fait que la ville serait moins économe en transport que la campagne car il faut acheminer les produits de consommation alors qu'ils se trouveraient sur place à la campagne. Pour ma part j'ai pu constater qu'à part les légumes de son potager, le steack quand on est dans le Charolais, on consomme de façon identique à la ville et à la campagne, les mêmes yaourts, les mêmes pâtes, qui viennent de la même usine. Un supermarché ressemble à un autre et les circuits logistiques d'approvisonnement sont largement nationaux, tout comme les marques de l'industrie agro alimentaire

jp a dit…

dMa maison avec son jardin m'évite d'aller acheter fruits et légumes agro-industriels fabriqué avec force engrais, transportés en moyenne sur 2500 km, et surtout pas bons.
Elle me met en contact permanent avec les éléments, je comprends donc ce que le changement climatique veut dire, naturellement ça motive,
ce qui n'est pas le cas des urbains,qui n'ont aucune idée du climat ni du monde comme il est puisqu'ils sont toujours enfermés.
Biensur, il faut marcher, se dépenser pour entretenir tout ça, au lieu de vivre devant un écran,
dans confinement de toute façon insupportable, à la différence des urbains, nous n'avons pas besoin de partir en week end à la campagne de fuir au bout du monde
Bref, vivre comme l'ont fait les humains durablement des millénaires
Pas le durable actuel 4x4 option green, surgelé lights, appart à 19° semaine aux Maldives etc.

Anonyme a dit…

Du grand Laurent !
100% d'accord avec toi !

Michel

Anonyme a dit…

De la bouche même du PUCA l'étalement urbain aurait été zappé du Grenelle. Opération Bonne Maison ? Pas la peine d'économiser 80% d'énergie chez soi si c'est pour polluer l'atmosphère sur les routes.

Mike a dit…

C'est bien beau de ne plus vouloir de maison dans le paysage, mais encore faut-il comprendre pourquoi les gens ont envie de maison...
J'habite dans un appart (recent conso electrique + gaz = 500 euros/an pour 116m²).
Sympa, pourtant j'ai envie d'une maison comme beaucoup. Pourquoi, ca coute plus cher en entretien, on y passe plus de temps... alors pourquoi, laisser moi exposer mon avis :
- Les syndics sont là pour s'en mettre plein les poches, on passe notre temps à les controler (des amis ont 500 euros de charges par mois dans un immeuble de 200 apparts difficile de changer les choses avec des tantiemes ridicules).
- Voisins indélicats (musique à fond à 3h du matin), surtout avec toutes les nuisances possible actuellement (home cine avec gros caisson, etc...)
- Mauvais payeurs (ma copro a un déficit de 5000 euros) contre lesquels on ne peut pas grand chose (c'est au tribunal actuellement)

Bref voila un petit echantillon significatif qui fait que la plupart des amis de cet immeuble veulent une maison... juste pour maitriser leurs depenses, ne pas se fiare "entuber", avoir du calme quant ils en ont envie et ne pas déranger les autres quand ils envient de faire un peu de bruit.

Vous voulez que les urbains n'est pas envie de maison :
- Controler radicalement les syndics.
- Pouvoir de pression accrue sur les mauvais payeur.
- Concevoir des immeubles extrement bien isolés phoniquement et thermiquement.
- Concevoir les immeubles autrement (comme les propositions de Jean Nouvel, à savoir, un immeuble mixe : activité en bas, habitat au milieu, zone de détente tel que jardin ou autre au dernier par ex).

Et là peut etre que les gens auront envient de retourner en immeuble, car croyez moi un urbain comme moi prefere largement vivre en appart avec petit balcon ou terrasse.

Eric a dit…

Il doit avoir raison le monsieur..

Tous bien serrés dans des cités dortoirs et près de l'usine si possible (faudrait pas polluer pour aller travailler qd même).

Retour vers le futur... droit au dix neuvième siècle.

Chapeau bas...devant la casquette.

Anonyme a dit…

J'aimerais que tu m'expliques comment pourront faire les gens qui ne passent pas leur vie à faire du métro boulot dodo.

Par exemple, passionné de musique, je passe pas mal de temps à perfectionner seul ma maîtrise de l'instrument et il m'est inconcevable de passer ces heures d'entrainement en louant une place dédiée à moi tout seul. Vous me conseillez d'emmerder les voisins d'appart ou de jouer si bas qu'on en perds les subtilités ?

La maison individuelle a de ces avantages qu'elle donne la liberté aux individus qui l'habitent. L'appartement est une prison. Pas de bruit, ou quand il y en a, on ne le maîtrise pas. Rien à y faire, si ce n'est manger, dormir pour se préparer au lendemain de travail. Mais c'est ce que veulent les bobos, non ? une population qui ne passe son temps qu'à dormir, manger et travailler. Pas question de se retrouver en amis dans un appart non plus sinon les voisins ça va gueuler et les flics débarquer.

Les gens sont tellement heureux quand ils sont entassés. Les jeunes trouvent vraiment sympa de passer toute la journée dans les hall d'immeubles de banlieues.